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Sophie Ristelhueber
Exhibition from 26 January to 22 march 2008
Opening on Friday 25 January 2008 at 6pm
Through a choice of recent as well as older works, the galerieofmarseille pursues with Sophie Ristelhueber its will to present artists who are invested in geopolitical and territorial thematics, concerned with a relationship to a physical and mental reality of the places that they evoke. Whether it is Michelangelo Pistoletto, Yvan Salomone, Yto Barrada, Hervé Paraponaris, Berdager/Péjus or Jean Bellissen, each one, by different means, brings to light the fact that his/her work rests on elaborating artistic forms that will allow him/her to express these broader questions.
In her work, Sophie Ristelhueber realises the singular experience of movement. Finding the right physical distance with her subject is central in her work, conditioning the possibility of her work. This is how Sophie Ristelhueber shapes her tools (photography, video, digital images) as much as her themes (destroyed architecture, marked objects, damaged or condemned landscapes), to the necessities of her artistic creation.
Iraq, 2001, triptych.
To look at this work simply, one must move away from the emotions that current events provoke, even if they try to find an inevitable meeting point inside of us. Three inseparable and unrestricted shots of a field of charred palm trees in Iraq. The annihilation of every life form. Is it necessary to insist? Sophie Ristelhueber does not give anything away of her feelings of the event, which has created this incredible silent installation. Some situations defy the imagination. And yet, there they are, these life sized sculptures recapturing spectacular moments of art history, and here the photographic medium can attest to a ready-made, shaped by hands that ignored the aesthetic implications of their act.
WB, 2005, a series of 54 colour photographs.
West Bank, which is how the Anglo-Saxons commonly call what the French name Cisjordanie, a way of designating this territory as if it were not a country in its own right. These large colour photographs show fragments of landscape. The form and the genre create a strange recognition in the fringe of art’s referential systems. These landscapes look like abstract art. They are almost too beautiful to be real, until a visual reflex makes us see reason: a demolished land, churned and burnt ground, which does not give us more than its own commonplace history; a daily tearing apart of a country. This land tells a story of conflict, of bodies, and the inevitable inscription of the events in the world’s collective memory.
Eleven Blowups, 2006, a series of 11 images
Initially printed on paper for an in situ installation1, the three photographs chosen for the show were printed on glass. Each Blowup materialises a specific point, at once of synthesis and of rupture, in Sophie Ristelhueber’s work. For the first time, she creates images that are made up from start to finish; she makes forgeries. The particularity of these fakes is to be the implacable sum of real elements, literally blowups (explosions) the wrong way round. These craters are indeed real: she looked for them during a minute search in the archives of the London Reuters Agency. They are the main subjects of each image. Around them, she sticks the pieces together by bringing back photographs stemming from her earlier works on territories at war (Beirut in 1982, Turkmenistan in 1997, Syria in 1999, Iraq in 2000, West Bank in 2003-2004). The Blowups are black holes that absorb all of those who approach them, body and soul. The thickness of the glass reinforces the radiance and deepness of the meaning of these images.
1 Installation in the disused apartment of the Bank of France Governor during the Rencontres photographiques of Arles in 2006.
Le Chardon, 2007, 6’ film
Le Chardon (The Thistle) is one of Sophie Ristelhueber’s first experiences with the moving image. Commissioned by the Vercors Natural Park, this work continuously sticks to the massif, catches its most fragile angles, reveals its rifts, its abrupt viewpoints. Movement introduces a sensation of vertigo. The alternation with a tracking of a tar road, on which we still see the opened and closed trenches, makes our gaze go from a vertical sequence to a horizontal stretching of the film’s material. Remain standing or laying down? Nature, still living despite the continual challenges declared by man, takes stock of its situation. It imposes its resistance through Michel Piccoli’s voice and Leon Tolstoy’s words.

Sophie Ristelhueber
26 janvier - 22 mars 2008
vernissage le vendredi 25 janvier 2008 à 18h
A travers un choix d’œuvres récentes et de travaux plus anciens, galerieofmarseille poursuit avec Sophie Ristelhueber sa volonté de présenter des artistes investis dans des thématiques géopolitiques et territoriales, relevant d’un rapport à la réalité physique et mentale des lieux qu’ils évoquent. Qu’il s’agisse de Michelangelo Pistoletto, Yvan Salomone, Yto Barrada, Hervé Paraponaris, Berdager/Péjus, Jean Bellissen, chacun avec des moyens différents fait apparaître que le véritable enjeu de son œuvre est d’élaborer des formes artistiques lui permettant d’exprimer ces questionnements.
Dans son travail, Sophie Ristelhueber réalise l’expérience singulière du déplacement. Trouver la bonne distance physique avec son sujet est un enjeu de chaque instant qui conditionne la possibilité de ses œuvres. C’est ainsi que Sophie Ristelhueber façonne ses outils (photographie, vidéo, images numériques) autant que ses thèmes (architectures détruites, objets marqués, paysages abimés ou en sursis) aux nécessités de sa création artistique.
Irak, 2001, triptyque.
Pour regarder simplement cette œuvre, il faut s’écarter des émotions que l’actualité immisce, même si elles cherchent en nous un point de rencontre inévitable. Trois vues inséparables et imprenables sur un champ de palmiers calcinés en Irak. L’anéantissement de toute forme de vie. Est-il utile d’insister ? Sophie Ristelhueber ne livre rien de son sentiment sur l’événement qui a créé cette incroyable installation silencieuse. Il est des situations qui défient l’imaginaire. Voilà pourtant que ces sculptures à l’échelle de la nature rattrapent de spectaculaires moments d’histoire de l’art, et l’outil photographique permet ici de témoigner d’un ready-made, façonné par des mains ignorantes des implications esthétiques de leurs actes.
WB, 2005, série de 54 photographies couleur.
West Bank (rive ouest), c’est ainsi que les anglo-saxons nomment communément la Cisjordanie, une façon de désigner ce territoire comme s’il n’était pas un pays à part entière. Ces grands formats en couleur montrent des fragments de paysage. La forme et le genre créent une étrange reconnaissance en marge des systèmes référentiels de l’art. Ces paysages semblent des abstractions. C’est presque trop beau pour être vrai jusqu’à ce qu’un réflexe visuel nous ramène à la raison : une terre démantelée, labourée, écorchée vive, qui ne nous livre rien de plus que sa propre histoire banalisée, un déchirement au quotidien. La terre pour dire la source du conflit, pour dire les corps, pour dire l’inscription inévitable dans une mémoire collective du monde.
Eleven Blowups, 2006, série de 11 images.
Initialement tirée sur papier pour une installation in situ1, les trois pièces créées pour l’exposition ont été imprimées sur verre. Chaque Blowup matérialise un point précis, à la fois de synthèse et de rupture, dans l’œuvre de Sophie Ristelhueber. Pour la première fois, elle crée des images de toute pièce, elle fait des faux. La particularité de ces faux étant d’être l’implacable somme d’éléments vrais, littéralement des blowups (explosions) à l’envers. Ces cratères sont bien réels : elle les a cherchés lors d’une fouille minutieuse dans les archives de l’Agence Reuters de Londres. Ils sont le sujet principal de chaque image. Autour d’eux, elle recolle les morceaux en convoquant des photographies issues de ses travaux antérieurs sur des territoires en guerre (Beyrouth 1982, Turkménistan en 1997, Syrie en 1999, Irak en 2000, Cisjordanie en 2003-2004). Les Blowups sont des trous noirs qui absorbent la totalité de ce qui les approche, corps et âmes, l’épaisseur du verre renforçant la luminosité et la profondeur du sens de ces images.
1. Installation réalisée dans l’appartement désaffecté du Gouverneur de la Banque de France lors des Rencontres photographiques d’Arles en 2006.
Le Chardon, 2007, film de 6’
Le Chardon est une des premières expériences de Sophie Ristelhueber avec l’image en mouvement. Issue d’une commande pour le Parc naturel du Vercors, cette œuvre colle en continu au massif montagneux, attrape ses angles les plus fragiles, révèle ses failles, ses points de vue abrupts. Le mouvement introduit une sensation de vertige. L’alternance avec un travelling au ras d’une route de goudron, sur laquelle on lit encore les tranchées ouvertes et refermées, fait passer le regard d’un déroulement vertical à un étirement horizontal de la matière du film. Rester debout ou se coucher ? La nature, toujours vivante malgré les défis de chaque instant déclarés par l’homme, fait son bilan. Elle impose sa résistance par la voix de Michel Piccoli et les mots de Léon Tolstoï.
